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Dessins pariétaux dans la grotte de Koubou - Journal de bord #10

dimanche 2 août 2015, par Hugo Struna

La cavité de Koubou fait partie des découvertes mémorables et inattendues de la mission. Quelques jours plus tôt au retour d’une précédente cavité, Michel notre futur guide, habitant de Lastoursville, vient nous rencontrer et déclare connaître l’existence d’une grotte à quelques kilomètres de là. Forts d’un mois de relations avec les chasseurs, nous acceptons son concours, sans trop d’illusion. En effet à plusieurs reprises les mauvaises interprétations du terme « grotte » ont pu nous conduire à de simples abris rocheux, voire à des trous de porc-épic sans intérêt. Mais qu’à cela ne tienne, nous suivrons Michel. Sait-on jamais. Et puis la fin de la mission approche à grand pas, tentons un dernier "coup de poker". Olivier et Stéphanie ont donc suivi ce guide, en repérage. A leur retour, j’entends Olivier s’adresser aux archéologues, le sourire aux lèvres : « Il faut y retourner, la grotte contient plusieurs dessins noirs sur ses parois ! ».

Sur les pas des pachydermes

Le surlendemain tous les membres de l’équipe partent retrouver ces fameux dessins découverts par les spéléologues. L’impatience des archéologues est d’autant plus forte que la marche d’approche n’a jamais été aussi longue. Heureusement le chemin déjà tracé autorise un rythme soutenu. De temps à autre nous laissons tomber nos pas dans une succession de cratères à la surface du sol. Un troupeau d’éléphants nous a précédés. Récemment, comme le suppose la fraîcheur des énormes crottes que nous enjambons. Mais à voir l’expression nerveuse de Narcisse, de tels signes ne réjouissent pas notre guide. « Resserrez-vous ! » lâche-t-il en se tournant vers le reste de l’équipe. Un passage sur le territoire des pachydermes impose une prudence justifiée compte tenu du nombre d’accidents qui se produisent chaque année. Il y a quelques temps, me raconte Narcisse, un homme a encore perdu la vie, empalé par un éléphant dans cette même forêt. Une agressivité qu’il faut tout de même relativiser : « ces animaux ont surtout peur de l’homme m’explique Narcisse, ils l’évitent autant que possible. Les charges se produisent toujours lorsqu’il y a un petit à protéger. » Nous poursuivons notre marche, rassérénés. Ce qui m’étonne le plus chez ces énormes mammifères est leur capacité à se déplacer dans une forêt si dense, en ne laissant derrière eux que leurs empreintes et quelques branches brisées. Et que penser de ces pentes raides, que nous-même peinons à escalader… Ces vives conversations ont finalement eu raison de la longueur de la marche. Il aura fallu 1h30 pour arriver devant la grotte. Le GPS affiche 7km de marche à travers la foret, depuis la voiture.

Des dessins au charbon de bois

Ces roches monumentales qui émergent de la forêt apaisent notre fatigue. Nous passons sous d’élégantes arcades minérales ; l’une d’elle, en remontant à son origine, se révèle être en fait une racine de fromager, cet arbre omniprésent qui développe des racines parfois démesurées. En pénétrant dans la cavité, les voix s’éteignent brusquement. Tous les regards convergent vers la voûte. Devant nous, des inscriptions noires parcourent un plafond assez bas. Trop régulières, trop contrastées : l’origine naturelle de ces dessins n’est même pas envisagée. Les archéologues en ont la confirmation : nous contemplons, en ce moment même, l’œuvre d’une main humaine.

Dessins pariétaux dans la grotte Koubou, au Gabon

L’essentiel semble tracé au charbon. En nous approchant, le cou légèrement courbé, nous devinons une feuille dessinée avec de belles nervures. Ailleurs, des traits erratiques suscitent le mystère. Au cours de la visite de cet abri idéal, nous observons deux puis trois, et finalement une multitude de dessins qui témoignent, ici, d’une activité intense. A l’entrée, devant les charbons de bois et la roche noircie nous imaginons les feux autour duquel les ancêtres devaient se réunir le soir venu. La cavité est peu profonde ; quelques chambres où nous tenons seulement à quatre pattes se succèdent sur une soixantaine de mètres. Alors que tout le monde admire silencieusement le site, Michel brise le silence. Il nous apprend que Wongo, l’illustre résistant à la colonisation serait venu se cacher ici lors de sa fuite. Je vois Narcisse, notre guide originaire de Lastoursville, pensif à l’écoute de cette anecdote. Le lieu est empreint d’une histoire. Et sûrement de plusieurs histoires.

Prosper l’archéologue part sans plus attendre avec sa truelle chercher d’autres traces avec Olivier, tandis que Richard reste devant les dessins en sortant de petits sacs plastiques. Afin de pouvoir dater les inscriptions, il faut procéder à un échantillonnage de la paroi. « Contrairement aux gravures, qu’on ne peut dater autrement qu’à travers la nature du motif, l’application de charbons ou d’ocres pour réaliser les dessins apporte de précieux renseignements » explique Richard. Un petit morceau de charbon suffit en effet pour obtenir une datation au carbone 14. « La cavité est très sèche, reprend l’archéologue achevant son prélèvement, et il y a des courants d’air. De toutes les grottes que nous avons découvertes, c’est la seule qui ne soit pas traversée par un ruisseau. » Cela expliquerait en partie que les dessins aient pu si bien se conserver.

Prosper et Olivier reviennent quant à eux maculés de terre et un peu dépités : les fouilles complémentaires n’ont presque rien donné. La grotte ne contient d’autre témoignage physique qu’un petit tesson de poterie, de tradition Lopé.

Après avoir photographié dans tous les angles cette jolie grotte ornée, nous la quittons, heureux. Qui tenait entre ses doigts le morceau de charbon à l’origine des inscriptions ? A quelle période cela remonte-t-il ? Les datations au carbone 14 et d’autres analyses complémentaires nous le diront. Pour l’instant nous remercions chaleureusement Michel sans qui nous n’aurions jamais pu accéder à la grotte très isolée. Cette ultime sortie avant notre départ dans deux jours, restera comme l’un des moments phares de l’expédition. Ajoutés aux gravures observées quelques jours plus tôt, ces dessins viennent clore une séquence archéologique plus que satisfaisante. Reste maintenant à faire parler tous ces témoignages, et mettre en lumière le passé encore énigmatique de ces cavernes.