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Boukama : une grotte « Labyrinthe » sur un site rituel -Journal de Bord #5

dimanche 5 juillet 2015, par Hugo Struna

Cette fois ça y est ! La première cavité de la mission s’est ouverte à nous. Dans la grotte de Boukama, nous avons enfin pu goûter au plaisir de la spéléologie.

J4 : 3 juillet

Cette fois ça y est ! La première cavité de la mission s’est ouverte à nous. Il faut dire que nous avons mis toutes les chances de notre côté. Le spéléologue Olivier s’y était déjà aventuré il y a deux ans : avec son équipe ils l’avaient baptisée Boukama, du nom du village limitrophe. Mais sans voie tracée et malgré les données GPS, difficile de retrouver en pleine forêt une entrée guère plus haute qu’une porte de salon. C’est principalement à Nestor, un médecin traditionnel de Boukama, que nous devons notre réussite. Il vit avec sa famille à quelques centaines de mètres de la grotte que nous recherchons ; pour lui, le lieu possède des pouvoirs magiques capables de rendre la santé aux malades. Or, Richard et Olivier savaient que Nestor s’y rendait régulièrement pour ses pratiques. Avec la sympathie habituelle des Gabonais que nous rencontrons, il accepte volontiers de nous conduire à sa grotte magique.

Après seulement une dizaine de minutes de marche, la voilà. Derrière un porche imposant, la véritable entrée se révèle à travers un conduit étroit au ras du sol. En s’approchant, nous le découvrons partiellement obstrué de terre et de toutes sortes de roches acheminées par le ruisseau lors de la saison des pluies. « Sortons les piochons ! » Olivier avait prévu le coup, se souvenant de sa première expérience, en apportant de petites pioches pour déblayer et agrandir l’orifice. Alors, impatient de pénétrer ce monde souterrain – encore inconnu pour notre écoguide Narcisse et moi-même – nous mettons tous la main à la patte. Olivier en tête de file remplit des seaux entiers de gravas et les transmet à la chaîne humaine pour être vidés à l’extérieur. Nestor, le thérapeute local, nous regarde attentivement, se demandant sûrement ce qui peut justifier un tel labeur.

Olivier et Prosper devant l'entrée de Boukama

Une fois le trou suffisamment élargi, munis de notre casque, nous nous infiltrons à plat ventre dans un étroit méandre. Le départ demande quelques efforts : il faut ramper dans une eau boueuse sur trois mètres avant de rejoindre une petite salle intermédiaire.

Nous pouvons d’ores et déjà parler de spéléologie. Coupés du monde extérieur, nous cheminons entre les parois de dolomie, cette roche calcaire dans laquelle s’est creusée la cavité. Elle forme de très belles bandes horizontales sinueuses qui s’étendent le long des murs. Ici et là, criquets et amblypyges – un arachnide avec de longues antennes latérales – rappelle que nous ne sommes pas seuls dans ce lieu à priori hostile. Au détour d’un couloir, une violente odeur trahit la présence de porcs épics. Nous en apercevons parfois, surpris à vive allure dans leur course. La spécificité de cette caverne, nous apprend Olivier, « c’est son caractère labyrinthique ». Nous serpentons effectivement entre d’épaisses colonnes de calcite, empruntons plusieurs couloirs qui se rejoignent. Quelques acrobaties plus tard, nous arrivons dans la partie la plus vaste de la grotte. Et la plus esthétique. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’Olivier, ayant fraîchement investi dans du matériel de pointe, décide de procéder à une série de photographies. Entre deux poses, Stéphanie, spéléologue, me désigne du doigt une magnifique rangée de stalactites. Enfin… avant qu’elle me reprenne : « ce sont des fistuleuses. Contrairement aux stalactites, elles sont creuses comme des pailles. L’eau dépose le calcaire par l’intérieur en coulant au cœur de la roche. » La spéléologie regorge de fantaisies naturelles. En retournant rejoindre Nestor, qui nous attendait à l’entrée de la grotte, nous croisons, superbement déployée sur la paroi, une énorme mygale. Puis, une autre - un mâle - un peu plus loin.

Une amblypyge sur la paroi de Boukama

Pas de doute, ce premier contact avec les grottes nous a comblés. En ramenant Nestor chez lui, nous pensons au nombre de grottes de ce genre, encore inconnues, qui doivent nous attendre perdues dans la forêt. Et que demain peut-être, nous découvrirons.

Richard dans la cavité de Boukama

L’équipe du jour :
Richard OSLISLY, géoarchéologue
Olivier TESTA, spéléologue
Stéphanie JAGOU, spéléologue
Prosper NTOUTOUME, archéologue
Narcisse LEMBOMBA, écoguide
Hugo STRUNA, journaliste